Francia nyelv és irodalom
  Horváth-Militicsi Attila honoldala
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103 La Chanson de Roland.
  La première et la plus belle des chansons de geste connue, c'est la Chanson de Roland.
  Elle paraît remonter au début du XIIe siècle.
  Elle nous est connue depuis 1837, par la publication du manuscrit d'Oxford, écrit vers 1170.
   
  Elle comprend 4.002 décasyllabes répartis en 291 laisses inégales.
  L'oeuvre qui nous est parvenue est en dialecte anglo-normand.
  Peut-être a-t-elle été primitivement écrite dans un autre dialecte et transposée par la suite en anglo-normand.
   
  Le sujet de la Chanson de Roland
  Le sujet de la Chanson de Roland remonte à un évènement historique de faible importance paré de tous les embellissements de la légende.
   
  L'histoire
  Selon la Vita Caroli écrite en latin d'Eginhard, le jeune roi Charles (36 ans, le futur Charlemagne), allié de chefs arabes en lutte contre d'autres musulmans,
  franchit les Pyrénées au printemps 778, soumet Pampelune, ville chrétienne, et assiège Saragosse.
  Rappelé en hâte par une attaque des Saxons et un soulèvement en Aquitaine, il lève le siège, rase Pampelune et repasse les Pyrénées.
  Le 15 août 778, son arrière-garde est surprise dans les défilés par des montagnards basques, chrétiens, qui massacrent les soldats, pillent les bagages et
  se dispersent impunis.
  Parmi les victimes notables se trouve Roland, "comte de la marche de Bretagne".
   
  La légende
  Telle que nous la trouvons dans la Chanson, écrite trois siècles après l'évènement, elle nous révèle les transformations et les embellissements qui conduisent des faits
  réels à l'épopée.
  Roland devient le neveu du vieil empereur Charlemagne "à la barbe fleurie", qui a deux cents ans.
  Le poète l'a doublé d'un personnage inventé : son ami Olivier ("Roland est fier, Olivier est sage").
  L'expédition est une croisade qui dure depuis sept ans.
  L'embuscade des montagnards devient l'attaque de 400.000 cavaliers sarrasins.
  Leur triomphe est dû à la trahison de Ganelon, beau-père de Roland.
  Charlemagne venge son neveu en écrasant les Sarrasins et en punissant Ganelon.
   
  Le simple combat d'arrière-garde du VIIIe siècle devient donc une croisade où vibrent les sentiments des Français du XIe et du XIIe siècle : foi enthousiaste, amour des
  grands combats et des exploits chevaleresques, sens de l'honneur féodal, amour de la "douce France".
   
  La théorie des Cantilènes
  En faveur dans la deuxième moitié du XIXe siècle (Gaston Paris), cette théorie résulte d'idées générales sur la naissance des épopées, développées par les savants
  germaniques (Wolf).
  A l'origine de toutes les grandes épopées grecques, hindoues, persanes, se trouverait une floraison de courts poèmes antérieurs, chants primitifs créés spontanément
  par l'âme populaire dans l'émotion des victoires ou des défaites.
  Dans ces poèmes, la réalité se transforme, la légende s'élabore et s'embellit.
  Plus tard, le rôle du poète épique a été de rassembler, d'organiser ces fragments épiques spontanés et de les fondre en grandes oeuvres cohérentes.
   
  Ainsi, l'enthousiasme des guerriers de Charlemagne aurait donné naissance, dès leur époque, à de rudes poésies exaltant certains héros et leurs exploits.
  Ces poèmes, transmis de l'un à l'autre, reçoivent divers embellissements : on imagine, par exemple, la trahison de Ganelon et l'attaque des Sarrasins pour expliquer
  honorablement la défaite de l'arrière-garde.
   
  Un jour, les jongleurs, poètes de métier, rattachent à un centre, ordonnent selon un plan ces poèmes populaires, et l'épopée naît enfin, au XIe ou au XIIe siècle.
   
  Ces courts poèmes lyrico-épiques ont reçu le nom de "Cantilènes", du mot cantilena, qui, dans le latin du Moyen Age, servait à désigner les Chansons de Geste.
   
  Cette théorie, longtemps admise, fut progressivement battue en brèche, à mesure que l'étude minutieuse des épopées françaises fournissait des arguments
  contraires.
  Le premier de ces arguments était évidemment qu'aucune de ces cantilènes n'a été conservée, et qu'il s'agit donc d'hypothèses purement gratuites.
   
  La théorie des légendes épiques
  Vers 1910 Joseph Bédier a souligné le rapport étroit qui paraît exister entre divers lieux cités dans les Chansons de Geste et les étapes des grands pèlerinages où se
  pressaient les fidèles du XIe siècle : de Paris à Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne), de Paris à Rome, de Paris à Jérusalem.
  Il suppose donc que les pèlerins trouvaient, dans les abbayes et les sanctuaires où ils se reposaient, le souvenir des héros du VIIIe au Xe siècle : sarcophages,
  inscriptions, vie de saints en latin.
  Les moines et les clercs enjolivent ces souvenirs qui piquent la curiosité de leurs hôtes; ils leurs montrent des reliques... parfois forgées à dessein
  pour attirer les visiteurs.
  Les pèlerins diffusent la légende sur la route, et même lui annexent des éléments héroïques recueillis sur d'autres routes, au cours de pèlerinages antérieurs.
  Ainsi se crée au XIe siècle la matière épique dont la fermentation, un jour exploitée par un poète, donne naissance à la Chanson de Geste.
   
  Par exemple, avant 1100, sur la route de Blaye à Saint-Jacques-de-Compostelle, qui passe par Roncevaux, on parle de Charlemagne comme d'un
  héros et de Roland comme d'un martyr.
  On montre aux pèlerins et aux guerriers qui vont porter en Espagne la "guerre sainte", la tombe de Roland à Blaye, et son olifant à Saint-Seurin de Bordeaux.
  A Roncevaux, il y avait probablement, pour accueillir les voyageurs au terme d'une dure étape de montagne, des auberges et des sanctuaires dont les moines avaient
  tout intérêt à entretenir ou à susciter des traditions légendaires.
  Dans les imaginations enfiévrées des pèlerins et des guerriers, Roland et ses compagnons devenaient des chevaliers comme eux, animés de l'honneur féodal,
  des croisés en lutte contre les infidèles.
  Charlemagne devenait le soldat de Dieu, conscient de la mission héroïque de la France.
  La légende s'est ainsi créée par un développement continu, en plein XIe siècle, jusqu'au jour où un poète de génie a transposé sur le mode épique les inventions
  des clercs et des pèlerins.
   
  En résumé, pour Joseph Bédier, "au commencement était la route" avec ses sanctuaires, où naissent les légendes exploitées au XIe et au XIIe siècle par les poètes
  épiques.
   
  La question reste entière
  Si séduisante que soit cette théorie, elle n'en est pas moins discutée par les savants modernes.
  M. Pauphilet montre (Romania, 1933) qu'avant 1100, date probable du Roland, les sanctuaires sont muets, et que l'apparition des documents signalés par Bédier
  (inscriptions, reliques...) se produit aussitôt après, comme si c'était la Chanson qui eût invité les moines à rattacher leurs sanctuaires à la légende de Charlemagne.
  Ce n'est donc pas le poème qui est né des légendes locales, mais ce sont les légendes qui sont nées du poème.
  Ainsi, cette épopée ne serait que qu'un épisode de la légende de Charlemagne répandue à travers toute l'Europe, phénomène littéraire remontant à un pur travail de
  lettrés (Alcuin, Eginhard).
  Comme beaucoup d'autres épopées, elle serait l'aboutissement d'une longue élaboration artistique, supposant toute une production épique antérieure et peut-être
  même plusieurs Chansons de Roland avant celle-ci.
   
  Quant à MM. Lot et Fawter, ils s'attachent à prouver que, dès le Xe siècle au plus tard, il y avait des chants relatifs à Roland et à Roncevaux, et que si le pèlerinage
  a pu jouer un rôle important de diffusion, il y avait cependant dans la légende quelque chose d'antérieur au pèlerinage, par exemple un certain nombre de traditions
  familiales locales.
   
  On voit donc que le dernier mot est loin d'être dit sur l'origine de la Chanson de Roland.
  Le point essentiel cependant, mis en lumière par Bédier, c'est que la chanson de Roland est si habilement composée, qu'elle est certainement l'oeuvre d'un seul
  artiste, parfaitement conscient de son art.
   
  L'auteur de la Chanson de Roland
  Est-ce le Turold, dont il est question au derniers vers du poème : "Ci falt (finit) la geste que Turoldus declinet" ?
  Tout dépend du sens attribué au verbe declinet : s'agit-il de l'auteur (composer) ?
  d'un chroniqeur dont il suit le récit, ou d'un copiste (transcrire) ? d'un jongleur (réciter) ?
   
  C'était un homme cultivé, en tout cas, car l'étude attentive du poème révèle qu'il connaissait peut-être les poètes épiques (Virgile, Lucain) et sûrement la Bible et
  les rituels de prières de son temps.
  L'examen même de son oeuvre suffirait à nous prouver que c'était un artiste de métier.
   
L'art dans la Chanson de Roland
   
  La Composition
  Joseph Bédier a admirablement mis en lumière cette composition savante.
  Le poète partait d'une donnée assez banale : la trahison et la punition du traître.
  Mais il a su enrichir ce mélodrame et en faire un drame, non de la fatalité, mais de la volonté.
  Roland et ses compagnons, loin de subir leur destinée, en sont les artisans volontaires.
   
1. L'Exposition
  Les ressorts de l'action : la lassitude des Français, surtout de Ganelon, et la fougue de Roland.
  S'il désigne Ganelon, c'est pour l'honorer, mais, égaré par quelque vieille haine familiale, ce dernier défie Roland et ses pairs, sans savoir où le mèneront
  ces menaces (laisses 18 à 26).
   
2. La Trahison
  Dressé contre Roland par les propos insidieux de Blancandrin, Ganelon se montre cependant arrogant envers Marsile : c'est qu'il veut se venger tout en restant fidèle à
  Charles; mais, cédant à sa passion de vengeance, il livre le secret qui perdra Roland.
  En le désignant pour l'arrière-garde, il montre clairement qu'il veut l'exposer : ainsi Roland, dominé par son orgueil, ne peut ni se dérober ni accepter du renfort.
  Sa noblesse d'âme a fait de lui le prisonnier de Ganelon (laisses 58 à 63).
   
3. Roncevaux
  A Roncevaux, Roland pourrait encore appeler Charlemagne.
  Il refuse de sonner du cor (laisses 83 à 89) parce qu'il a confiance en sa valeur, mais surtout parce que, moralement il ne peut pas appeler : les Français doivent
  se montrer dignes de l'hommage que leur a rendu Ganelon en les désignant pour la mort : ils meurent sans protester.
  C'est seulement quand le devoir est fait que Roland sonne du cor : Charles peut revenir (laisses 128 à 136) et Roland peut mourir avec la sérénité du vainqueur, avec la
  paix du chrétien purifié par l'épreuve (laisses 173 à 176).
   
4. La Vengeance de Charlemagne
  La vengeance de Charlemagne n'est pas un épisode accesoire : sa victoire donne tout son sens au sacrifice de Roland - c'est le triomphe du monde chrétien sur le
  monde païen (laisses 258 à 262).
  Quant au jugement de Ganelon, il satisfait le lecteur en assurant la punition du traître (laisses 280 à 286).
   
  La composition du poème est donc simple, claire, équilibrée; selon une méthode qui sera chère aux classiques français, c'est du caractère même des personnages que
  dépend leur destin.
   
  Les Caractères
1. Charlemagne
  Charlemagne est une figure de légende, pleine de beauté et de noblesse.
  On lui obéit et on l'aime (18, 23, 24, 40, 129-132).
  C'est un sage, un conquérant qui juge les hommes à leur courage (18, 206, 209).
  C'est un chrétien (26), inspiré par Dieu : le soldat de Dieu.
  C'est aussi un homme, avec ses défaillances : il craint pour les siens (61, 63, 135); il pleure ses barons (205, 206); il mesure sa propre faiblesse (207, 208).
   
2. Roland
  Roland est avant tout un preux.
  Sa force est prodigieuse et il le sait (104, 173; 83, 85, 88).
  Il méprise la mort (18, 59, 63, 88) et répand le sang avec allégresse (83).
  C'est le rempart de Charles (41, 173, 207).
  Son âme rude est néanmoins sensible aux douceurs d'une loyale amitié (148, 151).
  C'est son orgueil qui le perd (20, 59, 63, 83).
  Cet orgueil vient heureusement s'épurer dans le sentiment de l'honneur familial (63, 84, 85), national (84, 85, 86, 93, 129), féodal (88, 86, 93).
  Même dans la mort, son souci dominant est celui de l'honneur (174, 204).
  C'est aussi un chrétien (173, 176) : cet orgueilleux bat sa coulpe et demande pardon à Dieu, qui lui envoie ses anges comme à un saint (174, 176).
   
3. Olivier
  Son ami Olivier fait ressortir sa témérité, son "panache", si français !
  Il est aussi preux que Roland (18, 131, 132, 147-149); mais, de plus il est "sage" (83, 87) : pour lui,la bravoure et l'honneur sont conciliables avec le
  bon sens (86, 131, 132).
   
4. Ganelon
  Ganelon, le traître, a fière allure (20).
  Il admire Charlemagne (22, 40).
  Mais il est plus près de l'humanité moyenne : las de guerroyer, il s'attendrit sur son fils (23).
   
  Le poème moral
  Avant de mourir, Roland se souvient "de douce France, des hommes de son lignage, de Charlemagne, son seigneur qui l'a nourri" (176).
   
1. L'honneur féodal
  L'honneur féodal subordonne toutes les actions au service du suzerain.
  Roland le résume en formules admirables (88) et Ganelon lui-même s'y sent tenu (21, 22).
  Ces héros tournent toutes leurs pensées vers Charles, même au moment de mourir (59, 86, 130, 147-150).
  Ils luttent contre les païens pour les soumettre à l'empereur.
  Charlemagne, de son côté, a conscience de ses droits (23) : il sait que ses chevaliers meurent pour lui (210) et la faute de Ganelon est, avant tout, d'avoir trahi
  son seigneur (277).
   
2. L'honneur familial
  L'honneur familial, rend l'homme solidaire de son lignage, aussi bien Roland (63, 84, 85) que Pinabel (284); les trente parents de Ganelon seront punis
  comme lui (286).
  C'est par tradition familiale que Thierry combat pour Charlemagne (277).
   
3. L'honneur national
  L'honneur national stimule ces chevaliers en terre étrangère.
  Roland représente la France (86) et ses hommes sont des Francs de France (63, 85).
  Cet amour pour la "douce France" est une des premières manifestations du patriotisme.
   
4. La piété
  La piété des héros est aussi éclatante que leur bravoure : Charles a un rôle presque sacerdotal (26).
  Olivier, Roland se recommandent à Dieu (149, 174), vénèrent les reliques de leurs épées (173).
  Ils luttent pour élargir la Chrétienté (89).
  Charlemagne veut sauver l'âme de Marsile et il aimerait Baligant si celui-ci devenait chrétien.
   
  Dieu intervient d'ailleurs en faveur des siens.
  Le duel judiciaire est le "jugement de Dieu", qui doit faire resplendir le droit (282) et c'est par un miracle que Thierry, échappant à la mort,
  peut abattre son adversaire (286).
   
  Parmi ces héros, le plus connu est Roland, neveu de Charlemagne, l'un des douze pairs.
  Placé à l'arrière-garde de l'armée qui revient d'Espagne, il est surpris par les Sarrasins, auprès de qui Ganelon l'a trahi.
  La bataille a été dure.
  Tous les Français sont morts, mais les ennemis ont fui, après avoir subi de lourdes pertes.
  Roland reste seul pour mourir, dans le saisissant décor de Roncevaux :
   
  Hauts sont les monts, et ténébreux, et grands.
   
  Il quitte la vie en chevalier soucieux de son honneur, en homme qui se tourne avec émotion vers son pays, vers les êtres qu'il a aimés, en chrétien aussi, qui demande
  humblement à Dieu le pardon de ses fautes.
   
  L'amour n'occupe guère de place dans les Chansons de Geste : avant de mourir, Roland n'a pas eu une pensée pour sa fiancée, la Belle Aude.
  Ce court récit évoque pourtant avec des moyens forts différents une passion aussi fatale, aussi totale que celle de Tristan et Yseult.
  Ici pas d'analyse compliquée, peu de pittoresque, mais quelle sobriété pathétique !
  Une question angoissée, une réponse brutale, une femme qui tombe morte, et qui d'ailleurs ne voulait pas survivre : dans ce poème où l'on meurt stoïquement pour
  l'honneur, on meurt aussi, sans une plainte, par amour.
   

OLDAL ELEJE