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001 Histoire du Moyen Age
   
L'époque mérovingienne
  Au Ve siècle, des tribus germaniques - Francs, Ostrogoths, Wisigoths et Vandales - franchissent les limites de l'empire romain et envahissent la Gaule.
  Les Francs se fixent entre la Belgique actuelle et l'Ile-de-France et fondent un royaume : ils donneront leur nom à la France.
   
  Parmi les rois de la dynastie mérovingienne, le plus célèbre est Clovis.
  Il déplace sa capitale de Tournai à Paris, se convertit au christianisme et se fait baptiser à Reims en 496.
   
  Il accroît sa puissance par des conquêtes, au point qu'à sa mort (511) son royaume avait à peu près l'étendue de la France d'aujourd'hui
  (il faudrait toutefois y ajouter la Belgique actuelle, une partie des pays rhénans, et en ôter la Provence).
   
  Dans cette période de troubles et de guerres, l'Église, fortement hiérarchisée, représente le seul élément de stabilité et d'unité.
  Les évêques se font les chefs et les défenseurs de leur diocèse.
   
  Ils s'efforcent aussi d'adoucir la brutalité des moeurs; ils créent par exemple le droit d'asile : les coupables qui trouvaient refuge dans les églises étaient placés
  sous la protection divine et échappaient à un châtiment immédiat et expéditif : torture, mutilation ou mort.
   
  Ils instaurent les fêtes religieuses chômées : Pâques, Pentecôte, Noël, les Rogations.
   
  Dès le VIe siècle, ils fondent les paroisses rurales, qui deviendront les "communes" françaises.
  Ainsi leur influence pénètre profondément dans les campagnes.
   
  Le rôle des monastères, à la même époque, est également capital.
  Les couvents de Ligugé, Marmoutier, Saint-Honorat étaient déjà célèbres, quand s'aggrandit
  l'abbaye royale de Saint-Denis, quand se créent les monastères de Saint-Benoît-sur-Loire, Saint-Wandrille, Jumièges, pour ne citer que les
  plus célèbres, car les fondations sont tellement nombreuses qu'on a pu parler d'une "invasion monastique".
  Selon les prescriptions de saint Benoît (480-547), fondateur de l'ordre des bénédictins, ces moines partagent leur temps entre les exercices religieux
  et le travail manuel.
   
  Les moines bénédictins de cette époque nous sont toujours représentés avec une serpe : ce sont eux, en effet, qui commencent les grands travaux
  de défrichement, assèchent les marais, rendent aptes à la culture des terres stériles.
  Ils étudient aussi et copient des manuscrits.
  Ils sont à la fois les pionniers d'une économie nouvelle et les gardiens de la culture.
  Grâce à eux encore, se poursuit l'évangélisation des régions peu accessibles.
   
  Ainsi l'influence de l'Église est immense, dans tous les domaines.
  La foi chrétienne, qui dominera tout le Moyen Age, pénètre alors profondément le royaume franc.
   
  Après la mort de Clovis la puissance des rois mérovingiens diminue.
  Si le règne de Dagobert (621-639) fut encore heureux et fort, il est suivi d'une période terne où les rois dits " fainéants" abandonnent leur pouvoir
  aux Maires du Palais.
   
  Les principaux furent Ébroïn, Pépin de Landen, Pépin de Herstal et Charles Martel dont le fils Pépin le Bref déposa le dernier
  mérovingien Childéric III en 751 et fonda la dynastie carolingienne.
   
  Charles Martel sut toutefois rétablir une unité compromise par les invasions et réussit à arrêter à Poitiers (732) les armées arabes
  qui menaçaient le monde occidental.
  Désormais les pillages de ceux qu'on nommait les "Sarrasins" seront localisés en Provence, où ils resteront jusqu'au Xe siècle la terreur des populations.
  Le nom de Charles sera gardé par les descendants de Charles Martel : une nouvelle dynastie était fondée, la dynastie carolingienne.
   
La dynastie carolingienne
  Le plus illustre des souverains carolingiens est Charlemagne (762-814), né à Jupille près de Liège, qui fut couronné empereur par le pape, à Rome,
  le jour de Noël de l'an 800.
   
  Grand conquérant, il doubla presque le le royaume qu'il avait reçu de son père Pépin le Bref.
  Il vainquit les Lombards, s'empara du pays de Saxe et repoussa les Sarrasins, en Espagne au-delà de l'Èbre.
   
  Les Chansons de geste l'ont transfiguré : Charlemagne "a deux cents ans", sa barbe est "blanche comme fleur en avril"; ailleurs il apparaît
  "tout de fer, coiffé d'un casque de fer, ganté de fer; il avait couvert sa poitrine de fer et ses larges épaules d'une cuirasse de fer".
  Il fut, dans la réalité, un chef de guerre prévoyant et rigoureux.
   
  Excellent administrateur, Charlemagne garda l'organisation ancienne, les officiers du palais et la division de pays en comtés.
  Mais il créa un lien entre le pouvoir central et l'autorité locale : les "Missi dominici" (au sens littéral - "envoyés du maître"), sortes d'inspecteurs choisis
  par l'empereur, qui veillaient à l'exécution de ses ordres à travers les 300 comtés de l'Empire.
   
  Toujours entouré de trois sages conseillers, il tenait une fois par an une assemblée où étaient conviés nobles et évêques; il s'informait, sollicitait des avis,
  puis prenait ses décisions.
  Lues à haute voix et publiées, elles formaient un ensemble de prescriptions, appelées "Capitulaires" - aujourd'hui précieux document qui montre
  toutes les questions auxquelles s'étendait la sollicitude de l'empereur.
   
  Soucieux d'équité, il redoutait l'arbitraire et la brutalité des Comtes; s'inquiétait de l'état des églises et donnait des conseils pour l'administration de ses domaines.
   
  Sous l'impulsion personnelle de Charlemagne, se manifeste une renaissance intellectuelle.
  "Nous vous exhortons non seulement à ne pas négliger l'étude des lettres, mais à vous y appliquer afin de mieux pouvoir pénétrer le sens
  des livres saints. Soyez dévots au-dedans, et savants au-dehors" écrit l'empereur à un abbé.
   
  Il incite les prêtres à ouvrir des écoles.
  Dans le palais impérial même, jeunes nobles, clercs et fils de pauvres gens reçoivent ensemble une instruction à la fois politique, intellectuelle et religieuse,
  sous la direction de lettrés que Charlemagne avait groupés autour de lui.
   
  Le plus célèbre de ces maîtres est Alcuin, précepteur de Pépin, second fils de Charlemagne.
  Il a laissé un étonnant dialogue où les questions traduisent l'interrogation devant le mystère de l'homme et du monde, où les réponses, particulièrement
  denses et d'une rare poésie, sont autant de sujets de méditation proposés à l'élève.
   
  Après la mort de Charlemagne en 814, l'empire perd sa puissance.
  Il est partagé en 843 par le traité de Verdun entre Charles le Chauve, Louis le Germanique et Lothaire.
   
  Les pirates normands et sarrasins profitent de cet affaiblissement pour piller le sud de la France, les autres les vallées de la Meuse, de l'Escaut, de la Loire et
  de la Seine - remontant jusqu'à Jumièges, Paris et Saint-Denis.
  En 911, le roi Charles le Simple, pour stabiliser les envahisseurs normands, cède au Viking Rollon la partie de ses terres située à l'embouchure de la Seine :
  cette terre de Normands est l'actuelle Normandie.
  La dynastie carolingienne s'éteint en 987.
  La dynastie capétienne, fondée par Hugues Capet, la remplace.
   
  La fin du siècle fut-elle effectivement dominée par ce qu'on a appelé les "terreurs de l'An Mil", par la peur que le monde vînt à disparaître avec le premier millénaire ?
  Les derniers travaux des historiens s'efforcent de discréditer cette légende, créée, disent-ils, au XVIe siècle et magnifiquement exploitée par Michelet.
  Ils insistent, au contraire, sur l'étonnant dynamisme de cette époque.
   
L'époque féodale (XIe-XIIe siècle)
   
I. La société féodale
  Pendant le Haut Moyen Age (kései Középkor), les villes, devenues trop souvent la proie des invasions, se sont dépeuplées.
  La vie s'est concentrée dans les campagnes, et une nouvelle société s'est formée, composée du clergé, des chevaliers et des paysans.
   
1. Le clergé
  "Les clercs doivent pour tous prier", dit Étienne de Fougères dans son Livre des Manières.
  Si la fonction liturgique est le premier devoir du clergé, son rôle ne s'arrête pas là.
  Le clergé possède des tribunaux particuliers où la justice est souvent rendue de façon moins arbitraire.
   
  C'est lui aussi qui dispense le savoir, et qui instruit, dans les écoles épiscopales et monastiques.
   
  Les biens considérables que possède alors l'Église lui permettent d'ouvrir des asiles et des hôpitaux, de soulager les pauvres et les malades.
   
  Poursuivant son effort d'humanisation des moeurs, le clergé s'efforce de maintenir la paix, ou au moins de réduire la guerre : les évêques et les abbés
  réunissaient les chevaliers en assemblées, pour leur faire adopter la "Paix de Dieu", qui interdisait de s'attaquer aux clercs, aux paysans et aux marchands.
  Plus tard, et pour limiter encore les effets d'une violence arbitraire, ils imposent la "Trêve de Dieu", qui, en mémoire de la passion du Christ, interdit
  le combat du mercredi soir au dimanche soir.
   
2. La chevalerie
  C'est l'Église qui institua la chevalerie.
  Après une nuit passée en prières, le jeune écuyer recevait ses armes solenellement.
  En conférant à cette cérémonie de l'adoubement un caractère religieux, elle rappelait au chevalier ses devoirs moraux :
  combattre seulement pour le droit et la justice, défendre les faibles.
  A la brutalité, elle substituait l'honneur et la droiture.
   
  Les chevaliers sont des combattants pourvus d'un cheval et d'un armement complet.
  Le chevalier est souvent au service d'un suzerain dont il devient le vassal.
   
  Une cérémonie, dont les gestes sont significatifs, consacre cet attachement.
  Le vassal rend hommage à son suzerain :
  à genoux devant lui, il met ses mains dans les siennes (attitude pleine de confiance et d'abandon), et se reconnaît son "homme".
  Le suzerain l'embrasse.
  Le chevalier lui jure ensuite fidélité, la main sur l'Évangile, et lui promet aide et conseil.
  En retour, le suzerain accorde à son vassal un fief et sa protection.
  Les deux hommes se trouvent ainsi liés par un engagement personnel et réciproque.
  Qui manque à son serment est félon, et commet la pire faute qui soit.
  Le tel suzerain peut être lui-même vassal d'un suzerain plus puissant.
  Cette hiérarchie féodale, fondée sur la fidélité, subsistera jusqu'à la fin du XVe siècle.
  Quant au fief, signe matériel du contrat féodal, il consiste souvent en un domaine sur lequel le vassal exerce des droits seigneuriaux.
   
3. Les paysans
  C'est aux paysans qu'il incombe de travailler la terre.
  On distingue les paysans libres, roturiers ou vilains (ces mots n'avaient pas alors le sens péjoratif qu'ils ont pris par la suite), et les serfs,
  attachés à un territoire qu'ils n'ont pas le droit de quitter, mais qu'on ne peut leur enlever.
  Tous dépendent de leur seigneur, qui est en même temps leur juge.
  Ils lui doivent redevances et corvées, dont l'importance varie selon les endroits.
  Au XIIIe siècle, les serfs seront progressivement affranchis.
   
  Les paysans, souvent très pauvres, verront peu à peu leurs conditions de vie s'améliorer à partir du XIe siècle.
   
  Avec la fin des invasions, le commerce reprend et les villes renaissent.
  Alors, en marge de cette société féodale où les fonctions étaient si nettement réparties (le clergé prie, le chevalier combat, le paysan cultive le sol),
  apparaît la bourgeoisie - étymologiquement : habitants des bourgs.
   
  Les souverains protégeront d'abord le développement des cités; plus tard, ils s'appuieront sur cette nouvelle force pour détruire la puissance des seigneurs
  et imposer leur pouvoir personnel.
  Ils y seront aidés par deux circonstances : l'essor du grand commerce et le mouvement des Croisades.
   
II. Les Croisades
   
1. Une guerre sainte
  Un événement capital secoua le Moyen Age français : les Croisades.
  On désigne par là les expéditions militaires entreprises, du XIe au XIIIe siècle, pour élargir le domaine de la Chrétienté.
  La conquête des Lieux Saints tombés aux mains des Musulmans en constitue le principal épisode.
   
  C'est le pape Urbain II qui fut l'instigateur du premier départ.
  Ému des persécutions que subissaient les pèlerins qui se rendaient à Jérusalem sur le tombeau du Christ, il fit appel aux chrétiens en 1095.
   
  La première croisade suscita un tel enthousiasme que de véritables foules (plus de 600 000 hommes) se mirent en marche, sous le commandement
  du moine françaisPierre l'Ermite et du chevalier allemand Gauthier Sans Avoir.
  Les croisés mal organisés, indisciplinés, ignorants des dangers de la route, furent dispersés et massacrés sans avoir pu arriver en Terre Sainte.
   
  Deux ans plus tard, une expédition mieux organisée, et comprenant surtout des chevaliers, prit le chemin de Jérusalem sous la direction de Godefroy de Bouillon.
  Les croisés s'emparèrent de la ville en juillet 1099.
   
  Les rois de France eux-mêmes participèrent aux Croisades.
  Louis VII prit la tête de la deuxième expédition, prêchée à Vézelay par saint Bermard en 1146.
   
  Après la reprise de Jérusalem par le sultan Saladin, Philippe Auguste partira pour la troisième croisade (1187-1192).
   
  La quatrième croisade (1198-1204) fut déviée de son but.
  L'allégresse (selon le chroniqueur Robert de Clari) avait été grande, au moment du départ.
  Mais à la suite d'intrigues compliquées, les croisés se trouvèrent changés en conquérants de terres chrétiennes et s'emparèrent de Constantinople.
  La ville fut pillée et chacun reçut sa part du butin.
   
2. Saint Louis et les dernières croisades
  La quatrième croisade fit grand scandale, et ces expéditions où tant de chevaliers français avaient trouvé la mort devinrent impopulaires.
  Il fallut la piété de Louis IX, futur saint Louis - artisan de la septième et de la huitième croisade - pour que se ranimât l'ardeur de la guerre sainte.
   
  L'armée modifie son itinéraire et passe par l'Afrique; elle enlève Damiette, à l'embouchure du Nil, mais doit battre en retraite, décimée par l'épidémie.
  Cernés par les Sarrasins, les chevaliers se battent avec une rare bravoure, mais finalement le roi et une partie importante des croisés sont faits prisonniers.
  Ils ne recouvreront leur liberté que moyennant un forte rançon.
   
  Enfin la huitième croisade (1270) fut un échec total.
  Louis IX mourut de la peste, sous les murs de Tunis, où il avait débarqué avec l'espoir d'entraîner le Sultan dans sa lutte contre l'Égypte.
   
3. Conséquences des Croisades
  Les croisades n'ont pas abouti au résultat escompté par la papauté, mais elles ont eu pour la France des conséquences extrêmement importantes.
   
  Des principautés chrétiennes avaient été créées en Palestine et en Syrie, pour protéger Jérusalem des attaques fortuites.
  Certains croisés, leur voeu accompli, se fixèrent dans ces nouveaux États.
  (selon un chroniqueur de ce temps-là, "L'homme de Reims ou de Chartres, s'est transformé en Tyrien ou en citoyen d'Antioche.")
   
  Ils se firent bâtisseurs (Crac des Chevaliers, Chastel Blanc) et législateurs.
  Leur influence fut profonde, et le prestige de la France dans le Levant demeura grand pendant des siècles.
   
  Par ailleurs le raffinement et la richesse de la civilisation orientale ne laissèrent pas indifférents les chevaliers :
  on se rappelle l'émerveillement de Robert de Clari devant les splendeurs de Constantinople.
  Rentrés chez eux, ils restèrent fascinés par les objets précieux, les étoffes de soie, la saveur des épices, les fruits et les légumes jusqu'alors inconnus.
   
  Sous l'influence du commerce, animé d'une impulsion nouvelle, les goûts changèrent; un autre mode de vie, moins fruste, se développa.
  Arts et sciences - médecine, diplomatie, architecture - subirent l'influence de l'Orient.
   
  A ces conséquences économiques et sociales, il faut ajouter des conséquences politiques.
  Au lieu de tourner leurs forces contre des seigneurs voisins, les croisés s'étaient unis contre un ennemi commun.
  Les nobles avaient cessé de se quereller et de se jalouser.
   
  Beaucoup d'entre eux moururent à la Croisade, la féodalité s'en trouva affaiblie et l'autorité du roi grandit.
   
La Royauté
   
I. Les grands rois capétiens
  En 987, Hugues Capet avait été élu roi par les évêques et les nobles.
  La puissance du roi était réduite, et ses ressources limitées à celles de son domaine : l'Île-de-France.
   
  Mais les Capétiens, forts de l'autorité morale que leur conférait le sacre - roi " par la grâce de Dieu" - ne cessèrent d'étendre leur royaume.
  Ils associèrent leur fils aîné au trône, en le faisant sacrer de leur vivant.
  Ainsi la royauté devint héréditaire.
   
  Trois rois contribuèrent à la Royauté un prestige incontesté : Philippe Auguste, Louis IX et Philippe le Bel.
   
1. Philippe Auguste (1180-1223)
  Philippe Auguste (1180-1223) réussit à ôter aux rois d'Angleterre les fiefs qu'ils possédaient en France.
  Il sut habilement mener la lutte contre Richard Coeur de Lion, puis contre Jean sans Terre, et s'empara de la Normandie, de l'Anjou,
  de la Touraine, de la Bretagne.
  La victoire de Bouvines (1214), remportée sur le roi d'Angleterre, le comte de Flandre et l'empereur d'Allemagne coalisés,
  eut l'allure d'une victoire nationale.
   
  Qui pourrait décrire sur le parchemin les hymnes de victoire, les danses innombrables, les chants des clercs,
  le carillon des cloches sous les coqs d'or, la parure des sanctuaires, les blanches tentures des demeures...
  la jonchée des routes et des rues où se répandaient les fleurs brillantes et les vertes ramures...
  Guillaume le Breton
   
  Il sut prendre le parti des faibles contre les barons puissants, et se fit le protecteur des villes, leur accordant des privilèges,
  associant les bourgeois au gouvernement.
  Par toutes ces mesures il affermit son autorité.
  Résidant souvent à Paris, il eut à coeur de lui donner un air de capitale.
   
2. Louis IX - Saint Louis (1235 -1270)
  La figure de Louis IX (futur saint Louis, 1235-1270), petit-fils de Philippe Auguste, nous est bien connue grâce au chroniqueur Joinville.
  Chrétien fervent, il mit sa vie au service de sa foi.
   
  Sa piété et sa charité sont demeurés célèbres.
  La justice fut son grand souci.
  Il rendait lui-même les sentences, arbitrait les cas difficiles.
   
  Par la forme familière qu'il sut donner donner aux procès, Louis IX resta par excellence le roi justicier.
  Son ordonnance de 1254 va dans le même sens : il y précise les devoirs de ses fonctionnaires, exige que la justice soit la même pour tous.
   
  Il créa le droit d'appel au tribunal du roi, ou Parlement.
   
  Sa haine de la guerre l'aména à préférer l'arbitrage et les règlements pacifiques de préférence à tout autre.
  Seules les expéditions contre les Infidèles avaient grâce à ses yeux.; c'est pourquoi il se croisa deux fois (dans les engagements armés,
  il se fit d'ailleurs remarquer par son sang-froid et sa bravoure).
   
  Il mit fin, dans son royaume, au duel judiciaire, cette ancienne coutume germanique en vertu de laquelle les deux plaignants se battaient en duel :
  le jugement de Dieu devait désigner le coupable dans le vaincu.
   
  Il signa, en 1259, avec l'Angleterre le traité de Paris, pour faire cesser le conflit avec les Plantagenêts.
   
  Louis IX rendait à l'Angleterre le Limousin et le Périgord, mais Henri III se considérait le vassal du roi de France pour la Guyenne,
  et il renonçait aux possessions de Normandie, d'Anjou, de Touraine et du Poitou.
   
  Le prestige de Louis IX donna à la royauté française une puissance qu'elle n'avait jamais eue.
   
3.
Philippe le Bel (1285-1314)
  Les moyens utilisés par Philippe le Bel (1285-1314) pour accroître l'autorité royale furent tout différents.
  Conseillé par des légistes instruits en droit romain, il brisa sans scrupules toute résistance à son pouvoir.
   
  Il entra en conflit avec le pape Boniface VIII et réussit à faire nommer un pape français qui vint résider à Avignon.
   
  Pour faire face à ses besoins d'argent, il développa les impôts, les emprunts forcés, et n'hésita pas à confisquer les biens des Templiers (1307).
  Cet ordre fut institué par le pape en 1128.
  Les Templiers, véritables moines-soldats, devaient à l'origine, protéger les pèlerins qui partaient pour la Terre Sainte.
  Soumis à des règles très sévères, dictées par Bernard de Clairvaux (le futur saint Bernard), ils inspirèrent rapidement une grande terreur aux musulmans.
  Mais ils s'enrichirent par les dons des princes et des nobles.
  Leur rôle militaire devenant moins important après les croisades, ils transformèrent leurs forteresses en véritables banques et devinrent banquiers des rois.
   
  Philippe le Bel mourut impopulaire, mais l'autorité des Capétiens était solidement affermie.
   
La fin du Moyen Age
   
  Age de plomb, temp pervers, ciel d'airain,
  Terre sans fruit, et stérile, et brehaigne,
  Peuple maudit, de toute douleur plein...
  Hui est le temps de tribulation.
   
  Ces vers du poète Eustache Deschamps (1346-1407) peuvent s'appliquer à la fin du Moyen Age (XIVe siècle et première moitié du XVe siècle),
  période de guerres, de désastres et de famines, en proie à la hantise de la mort.
   
1. Les Valois et la guerre de Cent Ans
  Avec le dernier fils de Philippe le Bel, s'éteint en 1328 la dynastie des Capétiens.
  La couronne revient à Philippe de Valois (il prit le nom de Philippe VI), mais le roi d'Angleterre Édouard III - fils de la fille de Philippe le Bel
- se pose en prétendant au trône de France.
 
  De cette question de succession va naître la guerre de Cent Ans, qui n'est que la reprise violente du vieux conflit entre Capétiens et Plantagenêts.
   
  La lutte commença en 1337.
  Mais l'armée française, montée à cheval et alourdie par le poids d'antiques armures, comme à l'époque des combats singuliers, ne sut s'adapter aux
  nouvelles méthodes des Anglais.
  Ceux-ci, habitués à combattre à pied contre les Gallois et les Écossais sont passés maîtres dans le maniement de l'arc et utilisent les premières bombardes
  dont le bruit effraie les chevaux.
   
  Les Français sont vaincus à Crécy.
  Au soir de la bataille, après la charge imprudente de ses chevaliers, le roi se retrouva seul, avec seulement cinq barons.
   
  Les Anglais mettent le siège devant Calais, qui capitule après onze mois de siège; l'héroïsme des six bourgeois de Calais venus s'offrir en otages,
  pour que la ville fût épargnée, a été conté par Froissart.
   
  Poitiers (1356) fut une nouvelle défaite française, où le roi Jean le Bon fut fait prisonnier.
  Le traité de Brétigny (1360) apporta une trêve : toute la France de l'Ouest était aux mains des Anglais.
   
  A la guerre contre les Anglais s'ajouta la menace d'une guerre civile (tentative d'Étienne Marcel).
   
  D'autre part, une foudroyante épidémie de peste décima, de 1347 à 1349, le tiers de la population.
  Il en résulta un manque de main-d'oeuvre, un appauvrissement des terres, la multiplication des pillards, des bandits, des hors-la-loi :
  les paysans (appelés les Jacques par les nobles) se révoltent, pillent les châteaux, massacrent les habitants - c'est la Jacquerie.
   
  Les mercenaires, libérés depuis la bataille de Poitiers, se groupèrent en Grandes Compagnies, qui se livrèrent au brigandage.
   
  L'insécurité régnait dans les campagnes, comme dans les villes.
   
  Il faudra à Charles V l'aide d'un simple gentilhomme breton, vaillant homme de guerre, Bertrand Du Guesclin, pour éliminer les Grandes Compagnies
  et pour reprendre aux Anglais les terres qu'ils avaient conquises.
  Quand Du Guesclin mourut, en 1380, le roi le fit enterrer à Saint-Denis, sépulture des rois de France; les poètes le chantèrent,
  et sa bravoure chevaleresque entra dans la légende.
   
  Telle est la première phase de la guerre de Cent Ans.
  La France en sortait victorieuse, mais épuisée.
   
2.
Jeanne d'Arc et la fin de la guerre de Cent Ans
  Profitant de l'appauvrissement du royaume, de la folie du roi Charles VI, et des rivalités entre Armagnacs et Bourguignons,
  les Anglais envahissent la France et conquièrent tous les pays au nord de la Loire.
  La bataille d'Azincourt (1415) et le traité de Troyes (1420) sont un désastre pour la France :
  la reine Isabeau de Bavière reconnaissait le roi d'Angleterre comme l'héritier du trône de France.
   
  A la mort de Charles VI, son fils prit pourtant le nom de Charles VII (1422), mais son autorité était faible.
   
  Il fallut l'énergie d'une bergère lorraine de seize ans, Jeanne d'Arc, pour regrouper les courages.
  Persuadée qu'elle était "envoyée de par Dieu", pour "boutter les Anglais hors de France", elle entra dans Orléans,
  dont les Anglais abandonnèrent le siège, puis mena sacrer Charles VII à Reims (17 juillet 1429).
   
  Dès lors la confiance revint.
  L'armée marcha sur Paris, le premier assaut fut donné le 8 septembre.
  Jeanne d'Arc comptait reprendre le combat le lendemain, mais le roi fit battre l'armée en retraite.
   
  Quelques mois plus tard, en mai 1430, Jeanne tomba aux mains des Bourguignons, qui la livrèrent aux Anglais.
  On sait le procès qui lui fut intenté : voulant déconsidérer sa mission, les Anglais la firent juger par un tribunal ecclésiastique,
  qui la déclara hérétique, et "envoyée du diable".
   
  La minute du procès de condamnation montre la force d'âme et la noblesse de cette jeune fille de dix-huit,
  face aux interrogatoires insidieux et torturants des hommes d'Église.
  On la harcela de questions sur ces "voix", qui s'étaient manifestées à elle, depuis qu'elle avait treize ans, et qui lui avait dicté tous ses actes.
   
  Jeanne d'Arc fut brûlée vive, comme sorcière, sur la place du Vieux Marché, à Rouen, en 1431.
   
  L'opinion populaire n'attendit pas son procès de réhabilitation (entrepris en 1456) pour lui vouer son admiration.
   
  Elle est restée, jusqu'à nos jours, la plus célèbre des héroïnes nationales, exaltée par Michelet, chantée par Péguy, Claudel, Anouilh, Honegger.
   
  Le mouvement d'enthousiasme qu'avait su créer cette jeune bergère alla en grandissant et, en 1453,
  les Anglais étaient chassés de France (ils ne gardaient que Calais).
  La guerre de Cent Ans prenait fin, faute de combattants.
   
  Après cette longue lutte, la France offrait l'image de la dévastation.
   
3. La fin de la féodalité
  Il appartenait à Louis XI (1461-1483) de triompher du duché de Bourgogne, seul grand fief féodal qui pouvait encore porter ombrage au pouvoir royal.
  L'historien Commines a dépeint ce roi retors et cruel :
 
Il avait fait fabriquer, de rigoureuses prisons, comme cages de fer ou de bois, couvertes de plaques de fer à l'extérieur et à l'intérieur,
  avec de terribles ferrures, de quelque huit pieds de large et de la hauteur d'un homme, plus un pied.
  C'est là que Louis XI enfermait ceux qui s'opposaient à son pouvoir.
  Mais il était aussi habile calculateur, politique avisé, et, à la guerre, il préféra les intrigues diplomatiques.
   
  Commines a su rendre justice aux qualités de celui qu'on appela souvent "le terrible roi".
   
  A la mort de Louis XI, la féodalité était vaincue, au profit du roi.
   
  L'unité de la France était faite.
   
OLDAL ELEJE