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| Cortebarbe
: les Trois Aveugles de Compiègne (extrait) |
| Trois aveugles s'en allaient de Compiègne
à Senlis. |
| Ils rencontrent un clerc, et lui demandent
l'aumône. |
| Étonné de les voir ainsi marcher
sans guide, et doutant de leur infirmité, le clerc veut en avoir
le coeur net. |
| Il leur donne un besant pour les trois. |
| Chacun croit que l'autre l'a reçu. |
| Tout joyeux, les aveugles retournent à
Compiègne avec l'intention de festoyer. |
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Vers Compiègne ils sont retournés |
Telles gens ont plein de deniers |
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Ainsi comme ils sont équipés; |
De les servir, il s'est hâté; |
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Ils étaient heureux et très gais. |
Dans la salle haute, les mène : |
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Quant au clerc, de loin il suivait, |
- Seigneurs, dit-il, une semaine, |
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Il se disait qu'il les suivrait |
Vous pourriez ici séjourner; |
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Jusqu'au moment où il saurait |
Tous les bons morceaux de la ville, |
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La fin. Dans la ville, ils entrèrent, |
Vous les aurez, si vous voulez. |
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Prêtèrent l'ouïe, et entendirent |
- Sire, font-ils, dépêchez-vous, |
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Qu'on criait autour du Château : |
Et donnez-nous tout ce qu'il faut. |
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- Ici bon vin frais et nouveau, |
- Laissez-moi faire, mes seigneurs, |
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Vin d'Auxerre, vin de Soissons, |
Dit le bourgeois et il s'en va. |
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Pain et viande, vin et poissons ! |
Sur cinq grands plats, il leur prépare |
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Ici, dépensez votre argent, |
Pain, viande, pâtés et chapons |
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Ici, hôtel pour toutes gens; |
et vins, pourvu qu'ils fussent bons; |
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C'est ici qu'il fait bon loger. |
Puis les leur fait là-haut porter, |
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Ils y vont, sans hésitation, |
Et fit au feu charbon jeter : |
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Et ils entrent dans la maison; |
Se sont assis à haute table. |
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A l'hôtelier, ils s'adressèrent
: |
Le valet du clerc, à l'étable |
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- Occupez-vous de nous, font-ils, |
Conduit les chevaux. Gîte est pris. |
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Et ne nous tenez pas pour vils, |
Le clerc de bonne éducation, |
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Si nous avons pauvres habits. |
Bien vêtu et très élégant, |
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Vous nous servirez en privés. |
Avec l'hôte, en place d'honneur, |
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Nous vous paierons mieux qu'élégants, |
Prit le matin son déjeuner, |
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(Ont-ils dit, et lui, se sent aise) |
Et le soir aussi, son souper. |
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Car nous voulons faire une festin. |
Les aveugles à leur étage, |
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L'hôte pense qu'ils disent
vrais : |
Servis comme des chevaliers, |
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Menaient chacun grand bruit, grand
train |
- Très volontiers, leur répond
l'hôte |
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L'un à l'autre versait le
vin : |
- L'un deux dit : - Eh bien, donne-le
! |
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- Tiens, je t'en donne; après,
m'en donne ! |
Lequel l'a ? - Ah, je ne l'ai pas
! |
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Il a poussé sur vigne bonne ! |
C'est donc Robert Barbe-Fleurie
? |
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Et ne croyez pas qu'ils s'ennuient. |
- Pas moi, mais vous l'avez, je
sais. |
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C'est ainsi que jusqu'à minuit, |
- Corbleu, moi non plus, je ne l'ai
! |
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Ils s'égayèrent sans souci. |
- Lequel l'a donc ? - Tu l'as ?
- L'as-tu ? |
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Les lits sont faits, ils vont dormir |
- Payez, ou vous serez battus, |
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Jusqu'au lendemain, de bonne heure; |
Dit l'hôtelier, seigneurs
truands, |
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Et le clerc, lui aussi, demeure |
Et mis dans un recoin puant, |
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Pour savoir quelle sera la fin. |
Avant que vous partiez d'ici. |
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L'hôte se leva au matin, |
Ils lui crient : Ah ! Par Dieu,
pitié. |
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Et son valet. Tous deux comptèrent |
Sire, nous vous paierons très
bien. |
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Combien coûtaient viande et
poisson. |
Et ils reprennent leur querelle
: |
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Le valet dit : "En vérité, |
- Robert, dit l'un, donnez-lui donc |
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Le pain, le vin et le pâté |
Le besant; vous marchez devant : |
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Ont bien coûté plus de dix
sous; |
Vous le reçûtes, étant premier. |
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Tant ils en ont pris, à eux
tous. |
- Mais vous qui venez par derrière, |
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Le clerc, lui, en a pour cinq sous. |
Donnez-le, car je ne l'ai point. |
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- De lui, je n'attends pas d'ennui. |
- Je suis ici venu à point, |
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Va là-haut et fais-moi payer. |
Dit l'hôte, car on rit de
moi. |
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Et le valet sans plus tarder |
A l'un il envoie un soufflet |
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Vint aux aveugles et leur dit |
Puis fait apporter deux gourdins. |
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Que chacun, vite se vêtit, |
Le clerc qui s'était habillé |
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Son maître veut être
payé. |
Trouvait l'affaire fort plaisante. |
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- Pourquoi, font-ils, vous inquiéter, |
Plein d'aise, il se pâmait
de rire. |
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Puisque très bien nous le
paierons; |
Mais quand il vit le dénouement, |
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Savez-vous ce que nous devons ? |
Il vint à l'hôte promptement, |
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- Oui, dit-il, vous devez dix sous. |
Lui demande ce qu'il avait, |
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- Cela les vaut. Chacun se lève; |
Ce qu'à ces gens il réclamait. |
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Tous trois sont en bas descendus. |
L'hôte dit : "Du mien, ils
ont eu |
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Le clerc avait tout entendu, |
Dix sous qu'ils ont mangé et bu. |
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En se chaussant, devant son lit. |
Ils ne font que rire de moi; |
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Les trois aveugles à l'hôte
ont dit : |
Mais du bâton, vais leur donner
: |
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- Sire, nous avons un besant. |
de son corps chacun aura honte." |
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Je crois qu'il est fort bien pesant; |
- Mettez donc cela sur mon compte, |
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Rendez-nous en donc le surplus, |
Dit le clerc, quinze sous pour moi
! |
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Sans attendre que devions plus. |
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Et les aveugles s'en vont quittes,
mais le clerc, qui vient ainsi de faire le généreux, aura
recours à une autre farce, afin de quitter la ville |
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sans avoir versé un sou
à l'hôtelier. |
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