Francia szaknyelv és irodalom
  Horváth-Militicsi Attila
  Le F.L.E. spécialisé 3
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DOCUMENTS
ERZSÉBET SZILÁGYI : MÈRE DE ROIS ET REINE-MÈRE
I.      Un peu d'histoire
       Elisabeth SZILÁGYI (en hongrois Szilágyi Erzsébet)  l'épouse et veuve de Jean Hunyadi, la mère de Ladislas Hunyadi et de Mathias Hunyadi, la soeur de Michel Szilágyi, est née en 1410. Cependant les différents chroniqueurs n'ont pas su se mettre d'accord sur la date de son décès : selon Kaprinay sa mort serait arrivée vers 1484, tandis que selon un autre chroniqueur, Salamon, il est probable qu'elle n'était plus parmi les vivants en date du 25 avril 1483.
       En tant que fille de Ladislas Szilágyi et de Catherine Bellyéni, son rôle historique débute avec l'acte dans lequel il fait jurer le roi Ladislas V, que ses fils ne seront pas persécutés pour avoir perpétré l'assassinat d'Ulrich Cillei (Cillei Ulrik) - le favori du roi. Il est connu que le roi, a cette prommesse, en tant que forcée, dès que pouvant s'immiscer parmi les ennemis de la maison des Hunyadi, immédiatement cassée, faisant étêter Ladislas Hunyadi et emprisonner Mathias. C'est alors que l'on put voir combien le sang et le style d'action d'Élisabeth Szilágyi était similaire à celui de Michel Szilágyi (Szilágyi Mihály). Vraie amazone de la Renaissance, à qui ses contemporains donnaient le nom de "femme héroïque" (mulier heroica). Devant le danger s'abbattant sur sa famille, ce n'est pas avec des pleurs de femme, mais avec de l'argent et des troupes armées, qu'elle a essayé de remédier. Le roi était si apeuré déjà en 1457 de cette femme courageuse, qu'il a vainement essayé de parlementer avec elle par deux fois, puis lors de la mort du roi en novembre de la même année Elisabeth a tout effectué, afin que son fils puisse être intronisé. Ayant en main le vaste trésor de la maison des Hunyadi elle y puisait à pleines mains, en vue de la préparation du vote d'intronisation. Ulisis, l'ambassadeur du souverain milanais a fait part à la cour impériale de ces déboursements à fin définie, ce dont le chroniqueur Antonio Bonfini fait également mention. L'argent fut remis aux princes par son frère aîné, Michel, et c'est également lui qui eut à rassembler les forces armées qui eurent un rôle majeur. En même temps Elisabeth promit au gouverneur tchèque, Georges Podiebrad 40.000 pièces d'or pour la libération de Mathias. Après de telles préparations elle atteignit son but avec l'ascension de Mathias au trône. Elle le rencontra lors de son retour dans la ville morave de Strassnitz, près de la frontière hongroise, et où elle ratifia par sa propre estampille le document de par lequel Mathias se devait d'épouser Catherine, la fille de Podiebrad. L'heureuse mère fut saluée par le pape en personne.
       Suite à cela, elle vécut paisiblement étant reconnue et de son fils et de tous, dirigeant ses propriétés, en majeure partie depuis l'ancien Buda. Les Archives Nationales de Hongrie (Országos Levéltár) gardent une quantité immense de ses documents, missives, arrêtés originaux. Elle s'occupa avec force à la construction de l'immense palais de Vajdahunyad, datant du XVIème siècle. Une bonne partie de ce château-palais fut construit pendant la période pendant laquelle elle était le seigneur du château de Hunyad. En tant que vraie représentante de son époque, elle n'oublia pas de démontrer par de nombreux actes de foi sa ferveur religieuse. Elle fit bâtir en 1465 un cloître pour les franciscains à Vajdahunyad, en 1477 elle fit donation à la chapelle du château de l'ancien Buda, le village de Szente-Tornya (aujourd'hui Szent-Tornya) se trouvant dans la province de Békés. Dans sa lettre datée du 8 août 1473 elle prie le pape, de consacrer Jean de Capistran, le compagnon de son mari, qui avait vécu une vie si sainte et si fervente.
       Il est très caractéristique que les inombrables scientifiques et poètes de la cour de Mathias, qui concourraient à magnifier Béatrice, l'épouse de Mathias, n'ont aucunement pris compte de l'existence de la mère du roi, et la veuve de Jean Hunyadi put décéder sans que même l'année de sa mort put être notée quelque part que ce soit. Elle décéda à Tata, probablement en 1483, dans l'hospice du cloître des franciscains. (Celui-ci est actuellement l'église des Capucins - le Kapucinus-templom, se trouvant aujourd'hui sur la Place du Parlement - l'Országgyűlés tér). Bonfini, le chroniqueur principal du roi Mathias, lui même n'écrivit d'elle, qu'elle fut inhumée dans une crypte ayant la forme d'un bastion dans la basilique de Székesfehérvár, que le roi Mathias avait fait édifier pour ses parents, son frère et pour soi. Elisabeth fut de sa vie maintes fois désignée par son fils Mathias, comme «Reine de la Hongrie» et lui fit don de multiples propriétés. Cependant, quand il en avait besoin, il lui demandait de payer des taxes - par exemple lors de la guerre fastidieuse de 1470, pour chacune de ses propriétés une taxe de 100 deniers d'or.
       Il n'existe pas de portrait original d' Elisabeth Szilágyi qui nous soit resté à la postériorité. La graphie exécutée sur acier, que József Teleki publia dans le XIIème tome de son oeuvre - L'Ère des Hunyadi - a Hunyadiak kora, en tant que représentation d'Élisabeth, est au fait celui d'un roi anglosaxon, Saint Oswald. Ce portrait magnifique à l'huile - ne fut présenté au public qu'en 1846, lors du congrès ambulant des médecins et des physiciens à Eperjes. Pulszky Ferenc crut à cause de la corneille tenant une bague dans son bec - le symbole de la dynastie des Hunyadi, que ce portrait, comme il l'a déclaré dans l'almanach du congrès ambulant, représentait Elisabeth Szilágyi. Cependant en 1882, lors de l'exposition artistique et archéologique du comitat de Gömör, il put de nouveau admirer l'oeuvre exposée par le comte Dénes Andrássy, et vit alors son erreur, car la couronne et le sceptre en tant que symboles royaux, ne pouvaient appartenir à la mère du roi Mathias, et la double raie d'or entourant la tête du personnage tel un nimbus ou une gloire, et la branche de palmier dans sa main démontrent qu'il s'agît ici plutôt d'un saint que d'une personne du monde. De plus il est bien visible qu'il ne s'agît pas d'un portrait de femme mais d'homme. L'explication de l'erreur, c'est que le henin de voile noire, recouvrant tel un turban les cheveux du personnage était pris, avec le corset utilisé au XVème siècle pour un vêtement féminin. C'est ainsi que Ferenc Pulszky, puis le comte József Teleki et beaucoup d'autres personnes à ce jour purent faussement croire que le portrait du roi anglosaxon Saint Oswald de Northumbrie était celui de la mère du roi Mathias Corvin.
       En 1854 Jean Arany - Arany János (Nagyszalonta, le 2 mars 1817 - Budapest, le 22 octobre 1882) écrivit une ballade sur Elisabeth Szilágyi, portant le titre "La mère de Mathias - Mátyás anyja".
   
fig294-3 : Le portrait présumé d'Élisabeth Szilágyi. Au fait, il s'agît de celui de Saint Oswald de Northumbrie, un roi anglosaxon (603 - 643)
fig295a-3 : Le fils aîné d'Élisabeth : Ladislas Hunyadi (1433 - Buda, le 16 mars 1457) fig295-3 : Le fils benjamin d'Élisabeth - le roi Mathias Ier Corvin (Kolozsvár, le 23 février 1458 - Vienne, le 6 avril 1490)
fig296a-3 : Les adieux de Ladislas Hunyadi par Gyula Benczur (1866) fig296b-3 : Ladislas Hunyadi sur son catafalque par Viktor Madarász (1859)
fig297-3 : Le sarcophage de Ladislas Hunyadi à Gyulafehérvár fig298-3 : L'écu des Hunyadi
II.      SZILÁGYI ELISABETH EN TANT QU'INSPIRATRICE DES ARTS ET DE LA LITTÉRATURE
       Le personnage de son fils aîné, Ladislas, ainsi que celui d'elle-même ont beaucoup inspiré les artistes, compositeurs et poètes du XIXème siècle. János ARANY a écrit un poème intitulé "Mátyás anyja" - "La mère de Mathias (du roi Mathias)", dans lequel il décrit l'angoisse d'Elisabeth resté veuve, et dont le fils aîné, Ladislas Hunyadi a été exécuté sur ordre du roi. La veuve écrit une lettre à son fils benjamin, Mathias, retenu prisonnier à Prague. Ses écuyers attendent son ordre, mais la proposition de chacun n'a pour réponse qu'une plainte amère de la part de la reine-mère. À la fin la mère de Mathias soupire "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi ne m’as tu donné d’ailes/ Que je puisse rattraper le désir maternel !". Survient une corneille qui s'envole à tire d'aile avec la lettre au cachet de cire noire. Les chasseurs de la cour abattent des corneilles par centaines, mais aucun d'eux n'est le porteur de la lettre. Enfin, à minuit du même jour, on tape à la fenêtre de la veuve, une corneille y est avec une lettre dans son bec "Ou bien sa pareille". Mais le cachet de la lettre est de cire rouge et à la fin du poème, on peut lire "Ô soit-il, ô soit-il, l’écriture de sa main bénie."
  Mátyás anyja La mère de Mathias Corvin
       Szilágyi Örzsébet levelét megírta,      Elisabeth Szilágyi sa lettre écrivit,
       Szerelmes könnyével azt is telesírta.      De pleurs amoureux, la remplit.
       Fiának a levél Prága városába,      À son fils, la lettre, en la ville de Prague
       Örömhírt viszen a szomorú fogságba.      Une heureuse nouvelle quérit à son triste état.
     
       Gyermekem, ne mozdulj Prága városából,      Mon enfant, la ville de Prague ne quitte,
       Kiveszlek, kiváltlak a nehéz rabságból.      Te sortirais, de ton lourd bagne la rançon, te paierai.
       Arannyal, ezüsttel megfizetek érted,      D’or, d’argent je te paierai
       Szivemen hordom én a te hazatérted.      En mon cœur, ton retour est porté
       Ne mozdulj, ne indulj én egyetlen árvám      Ne bouge, ne pars, mon orphelin unique
       Ki lesz az én fiam, ha megejt az ármány ?      Qui mon fils sera, si t’atteins le mal avide ?
             
       Adassék a levél Hunyadi Mátyásnak,      Cette lettre soit-elle donnée, en mains propres
       Tulajdon kezébe, senkinek se másnak.      À Mathias Hunyadi, et personne d’autre.
       Fekete viaszból nyom reá pecsétet,      De cire noire, un cachet y mit,
       Könyöklőn várnak az udvari cselédek.      Au dehors, ses courtisans attendent son avis.
             
       Ki viszi hamarabb levelem Prágába ?      Qui le premier, ma lettre à Prague portera ?
       Száz arany, meg a ló teste fáradtsága.      Cent écus, et l’épuisement de son cheval son prix lui sera.
       Viszem én, viszem én, hét nap elegendő,      Je porterai, je porterai, sept jours suffit !
       Szerelmes szívemnek hét nehéz esztendő.      À mon cœur amoureux, sept années d’ennui !
       Viszem én, hozom én válaszát három nap,      Je porterai, j’apporterai, la réponse en trois jours,
       Szerelmes szívemnek, három egész hónap.      À mon cœur languissant, trois mois de triste séjour.
             
       Istenem, Istenem, mért nem adál szárnyat,      Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi ne m’as tu donné d’ailes
       Hogy utólérhetném az anyai vágyat !      Que je puisse rattraper le désir maternel !
       S ahol jön, ahol jön egy fekete holló      Et au loin, et au loin, voici que de jais noir, une corneille arrive
       Hunyadi pajzsán ül ahhoz hasonló.      Sur l’écu des Hunyadi, sa pareille est sise.
     
       Lecsapott, lecsapott, fekete szélvészből,      S’abbatit, s’abbatit, d’un noir tourment,
       Kikapá levelét az anyai kézből.      Des mains maternelles, la lettre enleva.
       Hamar a madarat ! El kell venni tőle !      Vite l’oiseau ! Il faut la lui prendre !
       Szalad a sokaság, nyomba hogy lelője.      Et cours l’host, de suite pour la descendre.
             
       Madarat, nem egyet, százat is meglőnek,      D’oiseau, pas un, mais cent abbatirent,
       Híre sincs, nyoma sincs a levélvivőnek.      Mais du porteur de la lettre, ni signe, ni traces ne virent.
       Napestig az erdőt űzeti hiába,      Jusqu’au soir en la forêt en vain sus on lui courra,
       Éjfelen kocognak özvegy ablakába      À minuit, en la fenêtre de la veuve, l’on cogna.
             
       Ki kopog, mi kopog – egy fekete holló,      Qui frappe, qui cogne – de jais noir une corneille,
       Nála meg a levél, vagy ahhoz hasonló.      Chez lui la lettre, ou bien sa pareille.
       Piros a pecsétje, finom a hajtása,      Rouge en est son cachet, fin en est son pli,
       Ó áldott, ó áldott a keze írása.      Ô soit-il, ô soit-il, l’écriture de sa main bénie.
     
       Arany János (1854)      Traduction Horváth-Militicsi Attila (1988)
   
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